
Clément Galopin septembre 2012
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Modélisation, mémorisation, mobilisation
Apprendre, on l’a dit et répété, ne se résume pas à enregistrer. La connaissance n’est pas une
concaténation de notions disparates qui se transmet de Maître à disciple par imprégnation et
respect, ce dernier devenant à son tour Maître après avoir « tout reçu » (modèle grec antique).
Giordan évoque aussi la solution de l’homonculus de Descartes, petit homme placé à l’intérieur de la
tête de l’individu, réduite pour l’occasion à une sorte de « central téléphonique » (Bergson). Mais
notre cerveau n’opère jamais ainsi. Il digère les informations et ne les emmagasine pas telles quelles
(que serait d’ailleurs ce « tel quel » ?) et les pare notamment d’une valeur affective. Quand la
structure de pensée d’un apprenant est faible, celui-ci ne sait que faire des informations qui alors lui
encombrent l’esprit. Sinon, l’apprenant moyen peut choisir de tout élaborer par lui-même mais cela
prend du temps et les possibilités d’interprétation s’avèrent rapidement insuffisantes. Il peut aussi
chercher des structures « clefs en main » dans les livres. Mais on ne trouve pas une telle solution
pour toute question. La solution est de prendre appui sur des aides à penser, ressources facilitant
l’organisation du savoir. La langue naturelle joue ce rôle. Et là où elle s’avère peu claire, un
formalisme comme celui des mathématiques sera préférable (Il faut essayer d’effectuer une
multiplication sans utiliser de symboles ! Le calcul pense pour nous. C’est particulièrement vrai en
physique avancée, notamment en calcul tensoriel). Dans d’autres cas, l’élaboration passe par l’image,
la métaphore ou le schéma. L’image exemplifie. Pour bien comprendre le rôle de la métaphore, voir
en particulier la notion de métaphore conceptuelle de Lakoff et Nuñez (Where Mathematics Comes
From ?, 2000) : la métaphore crée un pont entre deux domaines de savoir différents et permet des
analogies. Quant au schéma, il présuppose un choix préalable permettant une condensation de la
réalité à « l’essentiel ». Or ce processus doit être adapté à l’évolution de l’élève, sans quoi un schéma
peut être illisible. Les modèles sont une autre forme d’aide à penser. Les problèmes qu’ils posent
sont les mêmes que pour les schémas. Il peut être difficile d’entrer dans un modèle. Un modèle doit
être d’une part explicatif et d’autre part permettre des prévisions. Une approche modélisante se doit
de relier une notion à un donné perceptif immédiat. Une intuition têtue des élèves peut servir de
point de départ. Giordan donne l’exemple de la chaleur, comparée à un fluide. Giordan est d’avis
qu’enseigner des conceptions scientifiques qui ont eu leur heure de gloire puis se sont fait remplacer
au cours de l’évolution des sciences est une bonne chose. Cet avis ne plaît pas à tout le monde parce
qu’il entend reprendre des idées dépassées ! Certes, selon Giordan, il faut tendre au plus tôt vers
l’enseignement des savoirs les plus contemporains, mais encore faut-il le faire à travers des images
compréhensibles et utilisables par les élèves (il cite le modèle poussiéreux de la thermodynamique
qui interprète la chaleur comme un fluide). Une métaphore pédagogique peut aider à comprendre la
position pragmatique de l’auteur (envisager des modèles limités mais directement utilisables par
l’apprenant) : dans les travaux de bricolage, plusieurs tournevis sont nécessaires, suivant les vis, leur
dispositions ou leurs usages. De toute façon il n’y a pas de modèle idéal et la plupart des modèles,
pour opératoires qu’ils peuvent être, se métamorphosent tôt ou tard en obstacles. Finalement
Giordan explique un peu le mécanisme de la mémoire. S’il est important d’organiser les savoirs, il
l’est tout autant de les conserver à disposition dans la tête et surtout de pouvoir y accéder
facilement. Un savoir n’a d’intérêt que si l’on peut y revenir. La convocation d’une information se
fera d’autant plus facilement qu’elle aura été enregistrée de différentes manières (verbale, imagée,
motrice) et associée à d’autres informations déjà mémorisées. La mémoire est constamment
reformulée, chaque nuit durant notre sommeil. Un ordinateur se remplit sans rien oublier. Notre
cerveau, lui, fait sans cesse le ménage pour accueillir de nouvelles informations. Il oublie
salutairement ce qui n’a plus de sens pour notre vie. Mobilisation : l’utilisation d’un savoir dans un
contexte éloigné de celui dans lequel il a été appris s’appelle un transfert (un élève « fait un